Ce qui nait des ombres

Posté le 31 janvier 2015 par gregoryuri dans Non classé

Ce qui nait des ombres

Juin 2016

- Monsieur Snowkes, reconnaissez vous être l’auteur de 54 meurtres survenus entre 2011 et 2015 ? demanda le procureur Carlson
L’accusé n’hésita même pas et répondit aussitôt par un oui plein de conviction.
- Vous êtes un être froid, cruel et sanguinaire, doté d’une intelligence rare qui a mis en échec les plus brillants experts de nos institutions judiciaires.Pourtant vous ne vous êtes pas défendu et avez refusé de vous payer un avocat et ce en dépit de vos moyens financiers très pourvus. Pourquoi ?
C’était en effet une question qui brulait les lèvres de toute l’assistance réunie en cette salle du palais de justice.
– Le seul témoin à charge que vous avez rétorqua calmement Snowkes est Ella, ma fille aujourd’hui âgée de 11 ans. Vous avez raison je suis tout ce vous dites et même pire. Cela dit dés lors qu’Ella a vu mon vrai visage, dans cette cave où je mettais fin au supplice d’Andréa Kimth, j’ai décidé qu’il était temps d’arrêter. De jouer franc jeu et d’accepter mon sort.
Il prit un court instant pour bien contempler la vingtaine de personne présente dans la salle puis reprit :
– Tous autant que vous êtes je vous déteste et je n’aurais pas eu une once d’hésitation à vous tuer après quelques heures de tourments très sadiques. Néanmoins, Ella c’est autre chose. J’estime qu’elle est la seule part de lumière ayant traversé ma vie, il m’est inconcevable de lui faire du mal.Nier, faire trainer les choses, essayer de manipuler tout le monde revenait à la torturer car vous l’auriez fait témoigner et je refuse qu’on lui impose cela.
Nouveau silence et cette fois il planta son regard dans celui du jury :
- Ce que je viens de dire ne doit pas amoindrir ma sentence. Je n’ai aucune pitié pour mes victimes et je n’ai aucun remords. J’ai apprécié chaque instant passé en leur compagnie et me suis délecté de leur agonie. Faites leur justice, si elle existe, mais laissez Ella très loin de tout ça et faites en sorte qu’elle oublie jusqu’à mon visage. Je n’ai rien à ajouter et ne prononcerait plus le moindre mot.
Assis parmi le public se tenait l’inspecteur Gray Ford. A 41 ans il avait de l’expérience dans le métier mais il devait reconnaître que Snowkes était sans commune mesure avec le reste des autres criminels et assassins en tout genre. Ford savait que Snowkes pensait le moindre mot qu’il disait. C’était lui qui avait procédé à son arrestation. Il se souviendrait toute sa vie de cette situation singulière. C’était Snowkes qui avait composé le 911, disant simplement qu’il était un tueur sociopathe ayant toujours passé au travers des mailles du filet. Il avait aussi dit qu’il était avec sa fille et qu’il voulait qu’on lui épargne un trop grand tourment, demandant que l’on joue la comédie afin de l’apaiser. C’était trop élaboré pour un canular. Ford qui était d’astreinte au commissariat cette nuit là avait donc du se rendre à l’adresse donnée par le planton des appels. Une fois sur place Ford avait accepté le deal. C’était risqué mais de toute façon faire déplacer le Swatt eut été trop long, trop de têtes de cons à réveiller et à convaincre. Ford était donc descendu. En entrant dans le sanctuaire des supplices, nom qu’avait donné Snowkes à son repaire et ce pour donner du sensationnel à la presse, il avait trouvé un père en train de rassurer sa fille de 9 ans, lui disant que ce qu’elle avait vu été une mise en scène pour la reconstitution d’un crime en partenariat avec la police.
La petite Ella fut remise à sa tante et elle ne revit plus jamais son père.
A la seule condition de préserver sa fille, Snowkes avait coopéré au delà de toute espérance. Il fut capable de donner le nom de toutes ses victimes ainsi que les lieux et dates de leur enlèvement. il signa les plus longs et macabres aveux des annales policières. Il refusa de se défendre afin d’éviter que sa fille passe à la barre pour l’incriminer. Snowkes qui avait tué 54 personnes, aucune n’ayant le même profil que ce soit âge, sexe, ethnie, en avait violé selon lui 31, et pas forcément que les femmes selon lui dont 4 post mortem, qui aurait pu continuer encore des années car pas un seul policier du pays n’avait fait le lien avec ne serait-ce que deux de ses victimes, n’avait jamais laissé aucun indice, s’était rendu par amour pour sa fille. C’était aussi gerbant qu’émouvant. La nature humaine dans toute son ambiguïté.
Pendant que Ford ressassait cela le procureur avait fini son plaidoyer très court et concis, la collaboration du Monstre Invisible, surnom que lui avait donné la presse, ayant mâché son travail. Le jury se retira pour délibérer. Cela dura à peine dix minutes. Verdict : coupable. Sentence : 1080 ans de prison, 20 par victimes.
Le coupable ne sembla pas être atteint par ce verdict et se para d’un masque d’insensibilité.

Octobre 2029

Bruce Snowkes n’avait pas revu Ford depuis le procès, et cette soudaine visite l’alarma. Cela ne pouvait signifier qu’une seule chose.
Pieds et poings entravés à la table par des menottes, Snowkes essayait de déchiffrer l’expression de Ford. Ce dernier semblait nerveux, il cherchait ses mots mais ne les trouvait pas.
– Elle est morte ? demanda presque froidement celui que l’on surnommait le Monstre invisible.
– Oui répondit tristement Ford. Il y-a 3 jours.
Snowkes serra les dents si fort qu’elles grincèrent et son regard exprima une douleur sincère, seule la colère semblait l’empêcher d’éclater en sanglots. D’une voix cependant maitrisée il grogna :
– Allez Ford, faites vous plaisir et donnez moi des détails.
Ford ne se donna pas la peine de protester, il s’en fichait de ce que ce salopard pensait. Il ne venait que par souvenir d’Ella, qu’il avait beaucoup vu et côtoyé au fil des années.
– Quelqu’un vous a imité. Il y-a même un message. Ca dit  » On ne trahit pas le diable »
De fait la pauvre Ella, 24 ans, avait été violée, et poignardée de 54 coups de couteau, aucun mortel à court terme, puis tuée par strangulation. A son domicile, dans son propre lit.
Snowkes sembla prêt à fondre en larmes mais tout à coup il se mit à rire, d’une hilarité presque effrayante :
– Dire que je me suis rendu pour la protéger et que c’est ce qui la tue. Le destin est un fils de pute à l’humour douteux. Vous pouvez penser ce que vous voulez Ford, je vous emmerde. Je n’ai aucune empathie pour mes soit disant pairs, pour moi ils ne sont que des proies similaires aux autres. Aucun n’a mon envergure et celui qui a cru me rendre hommage en s’en prenant à Ella vient juste de se faire un ennemi que le diable en personne n’aimerait pas avoir. Pourquoi êtes vous ici en fait ?
Ford se demanda s’il devait répondre ou bien quitter tout de suite ces lieux. La seule présence de Snowkes rendait l’atmosphère irrespirable. Sans savoir vraiment pourquoi il répondit néanmoins :
– Vôtre fille et moi étions en relation depuis quelques années. Elle tenait de vous pour ce qui est de l’intellect. Elle est venu à mon domicile lorsqu’elle avait 16 ans. Conformément à nôtre accord et grâce aux salades que vous avez donné à la presse, rien n’avait filtré. Pourtant elle savait. Même du haut de ses 9 ans et en dépit de vos efforts remarquables ainsi que de vos talents de menteur elle n’a jamais cru à cette sordide farce. Ni à vôtre présumée mort. Et vous savez quoi ? j’étais prêt à lui mentir pour la protéger et ne voilà t-il pas qu’elle m’explique qu’elle est à même de m’aider à élucider une affaire sur laquelle je piétine depuis 3 ans. Elle avait piraté le réseau du LAPD grâce à un algorithme que vous aviez laissé dans vos notes. A 16 ans !! Aucun de nos spécialistes en informatique n’en était capable et tous juraient que nos protections informatiques étaient inviolables. Et qui plus est de ce qu’elle m’en a dit elle a terminé la séquence de cet algorithme, une prouesse digne d’un prix nobel de mathématiques.
Ford se tut. Et jaugea du regard son interlocuteur. La discussion semblait l’intéresser. Si un doute avait encore été permis, ce simple instant l’effaçait : ce meurtrier barbare avait vraiment aimé sa fille.
– Vous savez Ford, confidences pour confidences, la mère d’Ella était une pute que j’avais payé pour porter mon enfant. Pour tout dire, j’avais déjà tué avant même la conception d’Ella. Et j’ai trucidé sa mère le lendemain de l’accouchement. j’ai confessé 54 meurtres… rajoutez en 32.
Ford resta de marbre. Vantardise ou vérité, tout ceci n’avait aucune importance. 1080 ans de prison c’était amplement suffisant pour que cet odieux enfoiré ne voit plus la lumière du jour et ne fasse de mal.
– Je vous dit tout cela car je veux que vous sachiez une chose : je voulais un enfant pour laisser ma trace de pureté en ce monde. il n’a jamais été question qu’Ella découvre qui je suis ni d’en faire une disciple. Non j’avais besoin d’une lueur d’humanité. Une lueur d’humanité de 3 kilos 355 et 49 centimètre à la naissance.
Ella incarnait mon côté pur, celui d’avant que les ténèbres m’engloutissent à 19 ans… Bref. Je suis fier de mes actes horribles mais encore plus de ce que fut Ella Martina Snowkes. J’avais de grands espoirs pour elle et en la tuant l’espèce d’imbécile qui l’a fait à trucidé cet espoir.
Ces paroles rendirent furieux Ford. que dire de ses victimes à lui, des espoirs qu’il avait lui même trucidé ? Snowkes sembla le deviner car il reprit de plus belle :
– Au diable vos sermons. Vous n’avez pas fini vôtre petite histoire.
Ford aurait du déguerpir mais aussi étrange que cela puisse paraitre il avait envie de parler d’Ella.
– Vôtre fille m’a donc permis de mettre un nom sur une victime et d’appréhender son assassin. Un mystère insoluble depuis 3 ans résolu par une gamine armée d’un vieux carnet de notes, un crayon de bois et d’un ordinateur. Ca fait froid dans le dos en y songeant.
Snowkes ricana, se tut quelques instants pis repris :
– Vous êtes un flic peu commun Ford. Pas le plus efficace, si tant peu que ça existe, un flic efficace. Vous avez tiré un trait sur la possible gloire de mon arrestation publique juste pour protéger une gamine. C’est un geste noble, presque archaïque à nôtre époque où même le dernier des imbéciles inintéressants veux être connu de tous. Et vous voilà en face de moi, à me donner bien malgré vous un peu de réconfort. J’avais peut-être tort d’avoir perdu foi en l’humanité.
– Si vous aviez regardé les yeux de vôtre fille vous l’auriez su, au lieu de passer vôtre temps à assouvir vos instincts barbares et meurtriers.
Snowkes acquiesça, ce qui étonna Ford :
– Je regrette que Ella m’ait découvert ce jour là. Non pas pour l’enfermement mais parce que cela m’a contraint à me tenir loin d’elle. Et cela a causé sa perte. Ford je peux vous aider à trouver son meurtrier. Vous savez comme moi qu’il ne s’arrêtera pas là.
Étonnamment Ford s’y était attendu :
– J’ai la tronche de Jodie Foster ?
snowkes trouva la blague très drôle et éclata de rire, mais c’était juste une façade.
– Vous êtes moins bandant en tout cas. Vous n’êtes pas venu que pour m’annoncer cette triste nouvelle et parler d’Ella. Qui mieux qu’un monstre peut traquer un monstre. Et je ne demande rien en retour. Le monde n’a plus rien à m’offrir.
Ford sembla réfléchir à l’offre. Ses supérieurs seraient contre bien entendu. Mais pouvait-on se permettre un tel refus avec un meurtrier sadique en liberté ? Bien sûr quantité d’experts et de profilers étaient à disposition… les mêmes qui avaient été tous du premier au dernier bernés par Snowkes ? Si son « fan » avait un talent à peine inférieur ça donnait les chances de l’attraper proche de zéro.

Le plan était en marche, ses rouages longuement taillés pour être parfaits venaient de s’actionner et rien ne les stopperait. Dans l’ombre il s’épanouirait jusqu’à atteindre son paroxysme. L’Adepte coupa le contact avec la nano cam qu’il avait placé dans la rétine gauche de Ford, à l’insu de celui-ci. Il eut un rictus malsain tandis qu’il quittait son poste d’observation.
Snowkes voulait jouer ? Qu’à cela ne tienne.Il s’y était attendu de toute façon. Pour dépasser le maitre, l’élève ne devait-il pas un jour le vaincre ? Maintenant le plus difficile serait l’attente.
Ceci dit il avait de quoi se distraire. Une jeune femme dénudée et clouée au sol par des poids magnétiques sur les poignets et les chevilles le regardait les yeux pleins de larmes et le regard suppliant. Il avait pris soin de lui bloquer les cordes vocales par injection de nano-obstructeurs. Cette proie était exquise et à sa merci.
Ella avait été une déception. Il l’avait piégée si aisément et du abréger le temps de jeu. Mais pour celle-ci, il avait tout le temps devant lui.Il en frissonnait de plaisir.
Elle était la 33 ème, et sûrement pas la dernière.

Le capteur situé dans le couloir d’entrée de l’appartement de Ford désactiva imperceptiblement la nano-cam de sa rétine gauche et la pirata pour y diffuser une version alternative de ce qui surviendrait en ces lieux dans les prochaines heures, un logiciel très sophistiqué conçu par Isis permettant ce genre de prouesse technologique.
De fait Ford savait qu’il pouvait dés lors se détendre et cesser la mascarade quotidienne qu’il perpétuait hors de ces murs depuis maintenant plus d’un mois.
L’appartement était plutôt décrépi et miteux, une latte du plancher sur trois grinçait quand on marchait dessus, les murs étaient ternes, aucune couleur vive n’illuminait cet endroit. Austère, glauque tels étaient les qualificatifs qui venaient à l’esprit en cheminant parmi les pièces.
D’un pas lourd, Gray Ford rejoignit la pièce centrale de l’appartement, le QG inviolable et indétectable d’Ella qui se tenait devant sa plus belle création : Isis, le supra ordinateur qu’elle avait elle même conçu du premier circuit imprimé au dernier boulon. Une forteresse informatique inexpugnable.
Il s’agissait d’un écran plasma de 65 pouces truffé de nano-technologie tactiles et vocale et que seul Ella était capable d’utiliser puisque tout était paramétré selon ses propres cellules nano-modifiée.
La jeune femme lui tournait le dos et semblait absorbée dans quelques besogne qui dépassait de loin les capacités de Ford. Celui ci retint son souffle. Il avait la gorge nouée à chaque fois qu’il pensait à ce qu’elle avait eu le courage insensé de faire. L’Adepte, surnom qu’elle avait donné au tueur cinglé à ses trousses, l’avait bel et bien suppliciée et tuée. Selon Ella ,il fallait en passer par là pour prendre la main. Elle minimisait son courage et sa folie en arguant que grâce aux avancées presque surnaturelles qu’elle avait fait concernant la nano-tech elle était en mesure d’effacer et sa mémoire et les séquelles d’un tel carnage. Pour autant c’était bien plus long que prévu. Elle n’était resté morte que quelques heures avant que ne s’active la régénération de ses fonctions vitales mais cela avait ralenti le reste du processus. Plus de 76h après cette horrible épreuve son visage et surtout son cou restaient marqués, son teint cireux et l’éclat de ses yeux vitreux. En outre Ford la connaissait bie assez pour remarquer que le choc post traumatique restait latent, elle accusait comme des absences de quelques secondes, comme si son cerveau tel une vidéo en arrêt sur image se focalisait sur une seule pensée, ce qui pour quelqu’un comme Ella était d’ordinaire impossible.
Ford toussa pour attirer son attention.
 » – Je sais. J’ai tout vu et entendu via Isis.  » Sa voix était brisée comme si une toux sans fin couvrait ses paroles.
Elle avait donc pris le risque de pirater à distance la nano-cam de l’Adepte. Il fallait reconnaitre que jusqu’à présent elle avait su prévoir tout ce qu’il entreprendrait. C’en était déstabilisant. Certes comme elle disait, c’était elle qui avait ouvert toutes les portes qu’il avait poussé. La nano-cam par exemple, elle s’était volontairement affichée avec Ford lorsqu’elle avait senti que L’Adepte se rapprochait de plus en plus d’elle. Elle avait effacé toute présence de nano tech en ces lieux par le biais d’Isis et d’un firewall ultra compliqué. Selon elle son avance en la matière, Génération 3 en l’occurrence, était la seule arme dont elle disposait et une arme secrète ne se brandit pas à tout va. Etant donné qu’elle décelait elle même la présence d’une nano technologie dans un périmètre assez vaste elle avait su quand il viendrait. Et avait crée moult opportunnité pour que ce taré mette en place son piège… et il n’avait rien vu venir.
 » – Et qu’en conclus-tu ? demanda Ford en émergeant de ces pensées.
– Oh tu sais mon père n’a aucun secret pour moi. Je sais comment il pense et comment il va réagir. Il sait que tu es espionné. Ce qu’il ignore en revanche c’est que je suis bel et bien vivante… enfin bientôt. Il ignore qu’il est l’atout dont j’ai besoin pour obliger L’Adepte à nous faire remonter jusqu’à la source qui lui fourni son matos… à lui ainsi qu’à ses co-disciples.
– Je n’aime pas ça grogna Ford. En attendant lui et ses pairs continuent leurs boucheries, et grâce à ce matos comme tu l’appelles passent au travers des filets de la justice. Tu aurais pu en finir avec lui il y-a trois jours. Tu es largement plus intelligente que lui et pourvu de moyens bien supérieurs aux siens.
– Tu ne m’écoutes pas soupira la jeune femme. Oui je peux remonter sa piste et celle d’une dizaine d’autres tarés de son genre, les éliminer MAIS si je m’expose ainsi et fait montre de toute ma puissance de feu sans avoir localisé qui est derrière tout ça je serai échec et mat très rapidement. Agir dans l’ombre et attendre est une stratégie payante. Il y-aura jusqu’au moment opportun bien des victimes innocentes et ça me désole autant que toi néanmoins dans toute guerre il y’a des dommages collatéraux et là crois moi on est en guerre, une guerre secrète, avec peu de protagonistes mais aux répercussions plus vastes que tu ne peux l’imaginer. Ce sinistre et macabre spectacle n’est que la face immergée d’un iceberg colossal. »
Ces mots prononcés elle se retourna enfin, ses yeux étaient encore cernés et ses pupilles injectées de sang, son visage boursouflé par le passage à tabac désenflait à peine. Ford ne pu réprimer une grimace, ce qui la fit rire :
 » J’ai ralenti la reconstruction physique, c’est de mes facultés cérébrales dont j’ai besoin, donc j’ai accéléré le processus d’effacement de ma mémoire eidétique qui d’ordinaire fait ma fierté. Bref je sentais comme des épisodes d’aphasie et des troubles de concentration. Enfin je n’ai rien effacé à proprement parler j’ai transféré une copie de sauvegarde sur Isis, on ne sait jamais ça pourrait toujours servir. Si on était dans un roman dont l’auteur est en panne d’idées ce serait même décisif. « 
Elle semblait avoir du mal à être cohérente, c’était alarmant. Ford parcouru la distance qui lui restait pour se tenir debout face à elle et la saisit doucement par les épaules. Elle semblait si frêle, lui arrivant à peine au thorax. Il aurait pu la briser en deux en toussant… en théorie et si on se fiait aux apparences. Pour l’heure c’était peut être possible tant elle était affaiblie :
 » Tu es fière de toi rugit -il ? Tu as prouvé ton hypothèse ? Parce que toi et moi savons que rien ne garantissait que ta génération 3 était opérationnelle et que tu en réchapperais. La question c’est : en as tu réchappé ? Mais regarde toi. Oui c’est un miracle que tu sois revenue à la vie mais à quel prix ? 76 h en nano-tech si je me souviens de ta métaphore ça équivaut à plus de 10 ans de réparations cellulaires intensives et tu parlais de Génération 2… J’ai vu des zombies au cinéma moins réussis… Tu n’as aucun respect pour la vie, surtout pas la tienne. « 
Soudain comme si elle glissait, elle échappa à son étreinte puis Ford se retrouva cloué au sol, écrasé par une poigne invisible. Elle venait de prendre possession de la gravité de l’atmosphère et le maintenait au sol fermement mais sans violence inutile. Elle baissa la tête vers lui et lui lança un regard sévère,  elle murmura de sa voix brisée :
– Je suis née pour ça et dans cet unique but. Je ne te dis que ce que tu as besoin de savoir, le reste échapperais à ta compréhension et te rendrais fou. Oui c’était un pari risqué. Mais on ne joue pas à ce genre de jeu sans en payer un certain prix. Plus l’enjeu est élevé plus la somme l’est également. Je donnerais encore du sang, des larmes et de la souffrance avant le terme et si tu n’as pas le cran pour me soutenir dans cette démarche quasi suicidaire restons en là. J’efface ta mémoire et je sors de ta vie. »
Il savait qu’elle ne bluffait pas. Il se demanda ce qui était le mieux entre la regarder se détruire sans pouvoir y faire quoique ce soit ou ne l’avoir jamais connue ?

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